Ouvrage hors normes et atypique dans la production de Servais , « Orval » ravira tous ceux qui s'intéressent à l'abbaye d'Orval, haut lieu du patrimoine chez nous.

Dominique ZACHARYl_avenir

Comme le chanteur suisse Stephan Eicher titre certains de ses albums de noms de lieux, Carcassonne, Engelberg, l'auteur et dessinateur Jean-Claude Servais a choisi lui aussi un titre court pour sa nouvelle production : Orval. Nourri des fragments d'histoire de son terroir gaumais (Torgny, Montmédy, Virton) ou de personnages qui font partie de la mythologie de la région (ex. Champenois, l'homme des bois), Jean-Claude Servais ne s'était pas encore inspiré de l'abbaye bénédictine d'Orval pourtant toute proche de son domicile de Jamoigne.

Il aura fallu l'insistance, « le harcèlement » dixit Jean-Claude, de Marc Heyde, pour amener Servais dans l'univers d'Orval.

Qui est Marc Heyde ? Médecin généraliste à Villers-devant-Orval, le Dr Heyde est passionné par l'histoire de l'abbaye d'Orval, au point de lui avoir consacré, en 2006, une ASBL, « Aurea Vallis et Villare ». Cette ASBL édite des publications et organise des événements valorisant le patrimoine et l'histoire d'Orval. « Je reconnais avoir harcelé Jean-Claude pendant des années. Je lui demandais régulièrement : "Ton album sur Orval, c'est pour quand ?" », confie Marc Heyde.

Au bout du compte, Jean-Claude Servais a fini par craquer. Jean_Claude_Servais_Photo_Eda« J'ai pris comme un défi cette proposition de Marc Heyde. Orval m'attirait depuis longtemps, mais je ne voulais faire ni un récit religieux, ni un récit historique à proprement parler. Mon but était de raconter et dessiner ma propre histoire d'Orval, à travers des personnages clefs qui vont surtout graviter dans l'abbaye à un moment crucial de son histoire : la Révolution française. » Tout cela nous donne un album absolument magnifique, dans lequel Servais a semble-t-il atteint le summum de son art dans les découpages, les arrière-plans boisés et le rendu des bâtiments. « Mais qu'est-ce que j'ai sué pour reconstituer l'abbaye dans son opulence au 18e siècle à partir de la maquette de Jean Kelekom ! », dit Servais, tout sourire.

Les fidèles lecteurs de Servais seront peut-être surpris de ne pas retrouver la verve fantastique et charnelle de l'auteur. Cet Orval, splendide carte de visite de l'abbaye, ressemble par moments à un hommage, tel Joseph Gillain, l'illustre dessinateur belge Jigé (Spirou, Jerry Spring) l'avait fait en son temps envers Don Bosco, fondateur de l'Ordre des Salésiens.

Mais Servais veut rassurer son public : « Ce premier tome est plus historique. Le second, prévu pour l'automne 2010, sera beaucoup plus narratif, avec des personnages qui vont vivre des moments forts. »