Au cours des ans, nos villages se sont installés tantôt à flanc de coteau, auprès d’une source, tantôt dans une vallée fertile, auprès d’une rivière. Ils se sont organisés et ont  semé leurs habitations tout au long d’une rue principale servant d’épine dorsale.

 

L’éventuel développement de l’agglomération ne se faisait que suivant cet axe. Il est dès lors coutume d’appeler nos villages gaumais des " villages-rues ".

 

Disposées perpendiculairement au réseau routier, les parcelles cadastrales étaient étroites et relativement profondes. Exploitées au maximum, elles étaient occupées sur toute la largeur, ce qui donnait un bâtiment en mitoyen continu. Cette jonction ne permettait que rarement un accès vers l’arrière de l’exploitation.

Dans certains villages, la proximité de la rivière, en fond de parcelles, exigeait des accès directs entre pignons d’habitations pour permettre aux troupeaux d’aller s’abreuver (ex. Termes). Les maisons étaient construites en retrait de l’espace voirie. La partie laissée libre entre les façades et la voirie servait de " cour de ferme " appelée communément " usoir ".

 Rue_Coup_e_JCGA l’arrière, les habitations s’ouvraient sur un potager (" maich’ ") quelque fois prolongé d’un verger ou d’une pâture.

Selon son appartenance à la hiérarchie sociale, le paysan séjournait dans une maison simple, la plupart du temps bi ou tri cellulaire c’est-à-dire dotée de " cellules " de vie bien distinctes pour l’homme, son travail et son cheptel . Cependant, quel que soit le type d’habitation, son plan s’articulait essentiellement sur les deux pièces principales qu’étaient la cuisine et la " belle pièce " ou " pèle " selon l’appellation gaumaise. L’accès se faisait directement de la rue par l’intermédiaire d’un sas en bois si la cuisine se situait en façade ; si la " belle pièce " occupait l’avant du logis, c’était un couloir qui menait à la cuisine. Celle-ci constituait une véritable plaque tournante pour l’ensemble du bâtiment ainsi qu’un pôle d’attraction pour la famille. Certains " meubles " y avaient une importance primordiale tels l’évier, la cheminée et le four.

L’évier en pierre était généralement placé dans l’épaisseur même du mur de façade, sous une fenêtre lui procurant un éclairage bien nécessaire. Il était alimenté par des seaux d’eau que l’on allait remplir à l’abreuvoir public et plus tard par une pompe à bras reliée à un puits en sous-sol ou dans la cave. Les eaux usées s’écoulaient à l’extérieur grâce à une gargouille en pierre ou à un simple conduit en plomb.

La cheminée occupait une place centrale dans la cuisine où son foyer servait non seulement aux préparations culinaires mais aussi à chauffer les deux pièces contiguës.

Sa vaste hotte servait souvent de fumoir. On fixait à la maçonnerie de solides barres de fer ou de bois auxquelles on accrochait les viandes, lard, saucisses et jambons à fumer.Habitation_Gaumaise_Coupe_V

Son accès en était soit simple, c’est-à-dire directement par l’âtre, soit par une porte située à l’étage. Placée dans un coin de la salle, elle pouvait également abriter le four dont la gueule s’ouvrait vers la cuisine et le cul faisait saillie à l’extérieur et/ou dans le "pèle ".

Au bas de l’âtre s’inscrivait une lourde plaque en fonte, appelée taque. Les plus beaux exemples proviennent des ateliers de forges de l’abbaye d’Orval. Cette taque était disposée dans une cavité séparant cuisine et " pèle ", et formait à cet endroit le seul élément de clôture entre les deux pièces.

Son rôle consistait à absorber le plus de chaleur possible émanant du foyer afin de la transmettre à la " belle pièce " ; elle faisait en quelque sorte office de radiateur.

L’excavation opérée dans le mur côté " pèle " était masquée par une armoire que l’on qualifiait d’armoire de taque. Ses vantaux inférieurs permettaient le réglage de la température par leur ouverture ou fermeture tout en gardant au sec une réserve de bois.Habitation_Gaumaise_en_Coupe_H_c

Les compartiments supérieurs du placard servaient à leur tour pour tenir les linges à chaud ou conserver les documents familiaux.

La boiserie était décorée selon les moyens financiers du propriétaire. Elle pouvait créer ainsi un ensemble comprenant armoire de taque, horloge-gaine et lambris.

L’ameublement reflétait la position sociale du paysan et de sa famille. Cette armoire de taque perdit sa fonction initiale lorsque l’usage du poêle ou fourneau à colonnes se généralisa au cours du XIXe siècle.

Si la maison ne comportait que deux pièces au rez-de-chaussée, les chambres situées à l’étage étaient accessibles par une cage d’escalier que l’on empruntait au départ de la cuisine. Ces chambres, deux ou trois, étaient simples, chauffées par l’apport de chaleur du rez-de-chaussée activé par des ouvertures faites à même le plancher.